Mon intérêt pour l’acoustique environnementale est né un peu par hasard, au fil de rencontres et de discussions autour de l’écologie, des paysages et de la pollution sonore. J’habitais alors à Versailles, rue des Chantiers, un axe passant, situé non loin d’une voie ferrée. Entre les voitures, les trains et les travaux, le concept de “nuisance sonore” prenait ici tout son sens. Mais que faire pour lutter contre ? 

Des conseils avisés m’ont amenée à lire le Paysage sonore (1977) de Raymond Murray Schafer, un ouvrage pionnier en matière d’écologie sonore. Le compositeur et pédagogue canadien y dresse le portrait d’un monde où le bruit des machines est devenu omniprésent. Un constat qui nous invite à nous interroger sur ce qui fait le beau dans notre environnement acoustique. 

Plus tard, au fil de mes lectures sur le sujet, je trouvais cette citation du philosophe Alexandre Lacroix. 

“Le plus souvent, nous vivons coupés des paysages sonores. Nous nous absentons d’eux. Tout se passe, en ce qui concerne l’audition, comme si nous avions la tête sous une cloche de verre. Moitié parce que nous avons besoin de nous protéger, que nous ne voulons pas être pénétrés en permanence par tout ce qui tinte et qui vrombit. Moitié parce que nous nous sommes rendus infirmes.
Humains de la modernité avancée, nous sommes devenus sourds au monde.” ²

Un triste constat qui m’a donnée envie de mieux prêter l’oreille à notre environnement. Ni une, ni deux, me voilà partie en exploration sonore dans le parc voisin. Qu’entend-on ? Je m’arrête… Chut. Le bruit de mes pas cesse. J’ose à peine respirer. J’écoute le vent qui souffle sur les branches, le cri de l’oiseau dans l’arbre là-bas, l’avion qui passe au loin… 

” L’écoute compte parmi les joies vitales de l’homme et répond à un désir d’aller absorber le monde de la forêt, se fondre en son bain de parfums et de sons. ” ¹ 

Citations : ¹ La forêt sonore, de l’esthétique à l’écologie, Jean Mottet, 2017 ; ² Devant la Beauté de la Nature, Alexandre Lacroix, 2018